Lycéens en garde à vue, des avocats dénoncent des pressions
Insultes, intimidations, numéros bloqués : des avocates de Seine-Saint-Denis préparent une plainte et rappellent les droits auxquels un mineur ne peut renoncer.
Des avocats qui assistent des adolescents interpellés pendant le mouvement des lycéens accusent des policiers de violences physiques, d’insultes et de « tentatives d’humiliation » dans les commissariats. Ces accusations, toujours portées le vendredi 9 octobre selon franceinfo, reposent sur les récits des jeunes et de leurs défenseurs : aucun juge ne les a encore examinées.
En bref
- Le ministère de la Justice recense 6 877 gardes à vue liées au mouvement lycéen, très majoritairement de mineurs.
- Le collectif Action judiciaire prépare une plainte visant notamment le commissariat de Saint-Denis.
- Un mineur en garde à vue ne peut pas renoncer à l’avocat ni à l’examen médical.
- Le Syndicat des avocats de France conseille aux lycéens de garder le silence et a rédigé un guide.
Des milliers de mineurs passés par les commissariats
Autrement dit, plus de huit gardés à vue sur dix n’avaient pas atteint la majorité. Les avocats décrivent des pratiques qu’ils jugent inadaptées à cet âge. À Paris, Ainoha Pascual, membre de la Legal Team Paris, a défendu trois adolescents ; elle a raconté à l’AFP le cas d’une jeune fille conduite au commissariat sans chaussures, alors qu’elle avait demandé aux policiers de récupérer celles perdues lors de son interpellation. « Je sens qu’ils sont terrorisés », dit l’avocate. Dans Libération, deux garçons de 16 ans, Youcef et Aubin, témoignent de plus de dix heures passées en garde à vue.
Saint-Denis au cœur d’une plainte en préparation
Dès le 30 septembre, le Collectif d’action judiciaire (CAJ) a affirmé sur Instagram qu’un mineur disait avoir été frappé la nuit dans sa cellule parce qu’il avait refusé de répondre lors de son audition. Selon franceinfo, ce collectif a été créé et reste animé par des militants de Révolution permanente, un mouvement d’extrême gauche. Il a annoncé vouloir porter plainte et saisir l’Inspection générale de la police nationale, en ciblant surtout le commissariat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Jeudi, l’une de ses avocates, Prisca Ancion, a indiqué que la plainte était en cours de rédaction. Depuis que la mobilisation a commencé, cette avocate pénaliste affirme avoir assisté une « petite dizaine » de jeunes, en Seine-Saint-Denis comme dans le Val-d’Oise. Elle évoque des « intimidations », des « violences psychologiques » et des « insultes racistes ».

« Les lycéens décrivent une insulte, une gifle, un maintien de la tête au sol, des étranglements… »
Prisca Ancion, avocate membre du CAJ
Selon elle, des policiers présentent aux jeunes les avocates du collectif comme coûteuses, alors qu’elles travaillent bénévolement, sans rien facturer aux familles. Sa consœur Romane Bartoli affirme à ICI Paris et France 3 qu’à Saint-Denis les intimidations se multiplient et que les lignes du collectif ont été bloquées : « Ils ont bloqué tous nos numéros pour nous empêcher de communiquer et de prendre attache avec les mineurs interpellés qui souhaitent être défendus. »
Les garanties d’un mineur en garde à vue
Prisca Ancion dénonce des pressions destinées à faire renoncer les adolescents à des droits fondamentaux. Or ces droits ne se négocient pas lorsqu’on a moins de 18 ans.
- L’assistance d’un avocat : imposée pour le mineur, même s’il dit ne pas en vouloir.
- L’examen médical : également obligatoire, sans possibilité de refus.
- Le droit au silence : le CAJ et le Syndicat des avocats de France (SAF) le recommandent aux lycéens interpellés ; le SAF a rédigé un guide à leur intention. D’après le CAJ, les jeunes disent tous avoir été poussés à y renoncer.
Ces repères généraux ne remplacent pas l’analyse d’une situation précise par l’avocat qui assiste le mineur.
Une profession qui hausse le ton
Mardi, le président du SAF, Mohamed Jaite, a manifesté à Paris contre le traitement réservé aux mineurs gardés à vue. Citant des cas dans plusieurs grandes villes de la région parisienne, il parle d’une « répression inédite » et va plus loin : « Il y a énormément de mineurs blessés, violentés. Des mineurs qui ont subi des traitements dégradants, (…) qui sont maintenus en garde à vue dans des conditions indignes… Et cela, c’est une généralité. »
Le 4 octobre, 52 avocats de la Conférence du stage, le concours le plus prestigieux du barreau de Paris, ont signé dans Le Nouvel Obs une tribune contre « une répression disproportionnée et violente » visant les lycéens qui bloquent leurs établissements.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : S. DÉNIEL. Licence : CC BY-SA 4.0.