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Navi Pillay, Nobel de la paix 2026 : Washington sanctionne à nouveau la CPI où elle a siégé

Apprise à Nuremberg, là où fut jugé le nazisme, la distinction de la juriste sud-africaine de 85 ans tombe quelques heures avant de nouvelles sanctions américaines contre la CPI.

François Guérin Par François Guérin
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Navi Pillay, Nobel de la paix 2026 : Washington sanctionne à nouveau la CPI où elle a siégé
Une avocate relit un dossier à son bureau, à l'image des juristes qui suivent les sanctions visant la CPI et ses anciens juges.

Le comité Nobel norvégien a attribué, le vendredi 9 octobre 2026, le prix Nobel de la paix à la juriste sud-africaine Navi Pillay, récompensée pour son action en faveur de la paix et du droit international.

En bref

  • À 85 ans, l’ancienne juge a accueilli la nouvelle avec une boutade visant le président américain, dans un contexte où Washington multiplie les mesures contre la Cour pénale internationale (CPI), juridiction où elle a elle-même siégé.
  • Le communiqué du comité ne cite ni Donald Trump ni Israël ; ses attendus évoquent le Rwanda et la Birmanie, sans viser Gaza en particulier.
  • Revenant sur les éloges de son courage, Navi Pillay a pour sa part posé une question simple : « Pourquoi faudrait-il du courage pour dire la vérité ?

À 85 ans, l’ancienne juge a accueilli la nouvelle avec une boutade visant le président américain, dans un contexte où Washington multiplie les mesures contre la Cour pénale internationale (CPI), juridiction où elle a elle-même siégé.

Une annonce reçue dans la salle de Nuremberg

Navi Pillay participait à une conférence juridique à Nuremberg, dans le bâtiment où fut institué en 1945-1946 le premier tribunal pénal international, chargé de juger les crimes nazis. Comme le rapporte Boursorama, c’est dans ce lieu chargé d’histoire qu’elle a appris sa distinction. Sa réaction a été filmée sur place, puis diffusée sur X par Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

Sous les applaudissements, la lauréate a plaisanté en disant qu’elle pourrait partager le prix avec Trump si les applaudissements montaient encore d’un cran. Elle succède à Maria Corina Machado, l’opposante vénézuélienne qui avait offert sa médaille Nobel à Donald Trump, en janvier selon Reuters.

Lors d’une conférence de presse tenue ensuite à Nuremberg, elle a dédié sa récompense « à tous les survivants de crimes internationaux ».

« La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide fassent l’objet de poursuites judiciaires »

Jørgen Watne Frydnes, président du comité Nobel norvégien

1,07 million d’eurosdotation du prix, soit 12 millions de couronnes suédoises
5epersonnalité sud-africaine lauréate du Nobel de la paix

La remise aura lieu à l’hôtel de ville d’Oslo le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel. Le communiqué du comité ne cite ni Donald Trump ni Israël ; ses attendus évoquent le Rwanda et la Birmanie, sans viser Gaza en particulier.

Deux livres reliés posés sur une surface blanche, un rouge portant le mot « LAW » sur un bleu foncé, vus de dessus.
Deux ouvrages reliés, l’un rouge marqué « LAW », l’autre bleu foncé, sur un fond blanc. Photo d’illustration sur le thème du droit. Source : Pexels. Photographe : Tara Winstead. Licence Pexels.

Un parcours d’avocate puis de juge internationale

La crédibilité de la lauréate sur les questions de droit international repose sur une carrière jalonnée de fonctions judiciaires, que retrace Midi Libre :

  • naissance à Durban le 28 septembre 1941 ;
  • 1967 : ouverture d’un cabinet d’avocats dans le Natal, une première pour une femme non blanche ;
  • 1973 : elle obtient que les détenus de Robben Island aient accès à des avocats ;
  • présidence du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) durant quatre ans ;
  • 2003 : entrée à la CPI ;
  • 2008 à 2014 : Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.

Elle exerce encore aujourd’hui à la Cour internationale de justice, où elle siège notamment dans le dossier qui accuse la Birmanie de génocide.

Le dossier Gaza en toile de fond

À la tête de la commission d’enquête indépendante de l’ONU, Navi Pillay a vu l’instance conclure, en septembre 2025, qu’Israël commet un génocide à Gaza. Cette instance ne parle pas au nom des Nations unies. Israël avait rejeté sans réserve ses conclusions, jugeant le rapport « biaisé et mensonger » et reprochant à ses auteurs un parti pris antisémite.

Sur le plan judiciaire, la CPI avait délivré en 2024 des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahu et contre Yoav Gallant, son ancien ministre de la Défense, au titre de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à Gaza. Ces mandats n’ont toujours pas été exécutés. Interrogé sur l’absence de Gaza dans ses attendus, le président du comité a répondu : « Nous ne sommes pas un tribunal ».

Des réactions opposées et une CPI sous pression

Le choix du comité a divisé les capitales. Quelques heures après l’annonce, Washington, qui ne reconnaît pas la compétence de la CPI, a frappé la Cour de nouvelles sanctions au nom de la défense de « la souveraineté américaine et ses citoyens ». Ces mesures s’ajoutent à celles déjà prises par Donald Trump contre plusieurs juges, procureurs et agents de la juridiction ; le mois dernier, il avait aussi invité les États membres à quitter une institution qu’il juge « malfaisante ».

Camp Réaction
Administration Trump Décision qualifiée de « honteuse »
Ministère israélien des Affaires étrangères Le prix légitimerait « la haine anti-Israël »
Benyamin Netanyahou Lauréate décrite comme « sectaire » et accusée de diaboliser les Juifs
António Guterres (ONU) Annonce saluée
Gouvernements sud-africain et français, Autorité palestinienne Annonce saluée

Donald Trump a, de son côté, regretté publiquement de ne pas avoir été retenu : « Les États-Unis, représentés par moi-même, votre président, auraient dû recevoir le prix Nobel de la paix, mais cela n’a pas été le cas ». Pour Haakon Gjerloew, qui dirige à titre provisoire l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, le comité ne s’en prend pas directement au président américain : « Je pense qu’il s’agit plutôt, de manière générale, de promouvoir un ordre international fondé sur le droit. »

Revenant sur les éloges de son courage, Navi Pillay a pour sa part posé une question simple : « Pourquoi faudrait-il du courage pour dire la vérité ? »

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Karolina Grabowska. Licence Pexels.