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Les toiles volées au musée de Cagnes-sur-Mer découvertes hors de la région Paca

Six interpellations, une garde à vue jusqu’à 96 heures et deux toiles au statut MNR, dont l’une réclamée par des héritiers spoliés pendant la guerre.

François Guérin Par François Guérin
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Les toiles volées au musée de Cagnes-sur-Mer découvertes hors de la région Paca
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Les enquêteurs ont mis la main, le jeudi 8 octobre au soir, sur les deux tableaux de Renoir dérobés un mois plus tôt au musée de Cagnes-sur-Mer.

En bref

  • Les toiles dormaient dans un garage situé hors de la région Paca, selon Nice-Matin .
  • Ils appartiennent à l’histoire de notre ville, à notre patrimoine et à l’héritage laissé par Auguste Renoir à Cagnes-sur-Mer.
  • Celle-ci agit pour le compte des héritiers de la galeriste Jadwiga Zak, dont la collection a été spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les toiles dormaient dans un garage situé hors de la région Paca, selon Nice-Matin. Un premier regard les jugerait « a priori en bon état », mais seuls des examens poussés pourront confirmer ce diagnostic. Au-delà du soulagement local, l’affaire soulève des questions juridiques précises : qualification de bande organisée, durée des gardes à vue, et statut particulier de ces œuvres, rattachées aux biens récupérés après la Seconde Guerre mondiale.

Un cambriolage éclair à l’aube du 8 septembre

Tout commence le 8 septembre, au petit matin. Deux hommes pénètrent dans le musée Renoir, installé dans l’ancienne demeure du peintre. D’après le maire, le commando, décrit comme « bien équipé et bien renseigné », a percé le grillage du parc, cassé une vitre, puis tranché à la scie à métaux électrique les fixations des cadres. Quatre tableaux sont décrochés.

L’alarme se déclenche à 5 h 48. Cinq minutes plus tard, la police municipale est sur place, trop tard pour arrêter les intrus. Dans leur précipitation, ceux-ci laissent derrière eux, dans le jardin, « Coco lisant » et le « Portrait de Madame Stephen Pichon ». Ils disparaissent avec « Madame Colonna Romano » et « Jeune femme au puits ».

9 millions d’eurospréjudice estimé pour l’ensemble des quatre tableaux visés

La valeur propre aux deux œuvres finalement emportées, puis retrouvées, n’a pas été communiquée par la mairie.

Trois jours décisifs en octobre

Après un mois sans piste publique, l’enquête s’est accélérée sur une courte séquence.

  1. Six personnes sont interpellées dans les Alpes-Maritimes, le Var, l’Hérault et le Doubs, notamment à Roquebrune-Cap-Martin, Fréjus et Sanary. Les deux cambrioleurs présumés figurent parmi elles.
  2. Les deux toiles sont localisées le soir, dans un garage.
  3. La mairie de Cagnes-sur-Mer rend publique la découverte.

Dans son communiqué, le maire Bryan Masson a insisté sur l’attachement local à ces œuvres.

« Ces deux tableaux ne sont pas de simples œuvres d’art. Ils appartiennent à l’histoire de notre ville, à notre patrimoine et à l’héritage laissé par Auguste Renoir à Cagnes-sur-Mer. »

Bryan Masson, maire de Cagnes-sur-Mer

Une enquête pour vol en bande organisée

Initialement ouverte à Grasse, la procédure relève désormais du parquet de Marseille, après dessaisissement. Les investigations sont confiées au service interdépartemental de police judiciaire des Alpes-Maritimes et à l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, sous l’autorité de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille. Leur objectif : déterminer la part prise par chacun dans un vol commis en bande organisée.

Cette qualification n’est pas neutre sur le plan procédural. Elle autorise une garde à vue pouvant atteindre 96 heures, contre une durée de droit commun plus courte. Au moment de l’annonce, les gardes à vue n’étaient pas terminées.

Les personnes arrêtées demeurent présumées innocentes tant qu’aucune juridiction ne s’est prononcée, comme le rappelle Le Tribunal du Net, qui précise que le rôle exact de chacune n’a pas été détaillé.

Des toiles au statut MNR, dont l’une réclamée par des héritiers

Les deux peintures n’appartiennent pas à la commune. Ce sont des dépôts du musée d’Orsay, présents à Cagnes-sur-Mer depuis 1995, et elles portent le statut MNR, pour « Musées nationaux récupération ». Ce régime concerne des biens revenus après la guerre et confiés à la garde des musées nationaux.

Les deux toiles retrouvées illustrent cette distinction. Le ministère de la Culture range « Madame Colonna Romano » parmi les œuvres « assurément non spoliée[s] », tandis qu’il qualifie « Jeune femme au puits » de « probablement spoliée, en l’état des recherches actuelles ».

Cette seconde œuvre fait l’objet d’une demande de restitution portée par la société Mondex. Celle-ci agit pour le compte des héritiers de la galeriste Jadwiga Zak, dont la collection a été spoliée pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les points encore ouverts

  • La date de réouverture du musée Renoir n’est pas connue, pas plus que celle à laquelle les toiles seront de nouveau exposées. La municipalité dit attendre des précisions qui suivront la conférence de presse du parquet de Marseille.
  • Le vol a ravivé les discussions sur la protection des collections publiques. En juillet, le ministère de la Culture avait présenté un plan de 33 mesures, qui recommandait notamment de retirer provisoirement certaines pièces des vitrines.

Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Loïc Manegarium. Licence Pexels.